Vielen Dank liebe Paten !
Liebe Paten,
Guilliki Region - Februar 2012
Vielen Dank liebe Paten.
Die 62 Frauen von der Kooperative Mi Heti Allah haben die von Euch gespendeten 124 Ziegen und 9 Böcke mit großer Freude und Stolz entgegen genommen.
Die Ziegen sind wunderschön, mit rotem, braunem und schwarzem Fell gekleidet. Manche von ihnen sind mit einem Mahagoni Schimmer überzogen und andere wiederum haben einen kleinen schwarzen Kopf.
Ach…. sind sie schön, unsere kleinen Ziegen!!!
Die Tiere sind gepflegt, geimpft und von Parasiten befreit, sodass sie in einem sehr guten Zustand sind.
Die neuen Schäferinnen wurden an mehreren Tagen von dem Tierarzt Dr. Karimou Boureima zur Viehzucht ausgebildet und in die neue Aufgabe eingewiesen.
Der Verein zur Förderung und Verteidigung der Frauenrechte ANPDDF (L´Association Nigérienne pour le Progrès et la Défense des Droits de la Femmes), unser Partner in Niger, hat die Frauen von der Kooperative für die Verwaltungs-/ Arbeitsorganisation und assoziatives Leben sensibilisiert und geschult.
Eine Vereinbarung und ein individueller Vertrag wurden mit jeder einzelnen Schäferin (wie für alle Projekte von Femme France Niger) geschlossen. Auf diese Weise bringen wir Glaubwürdigkeit und Ernsthaftigkeit in unsere Projekte.
Da es in der Region Guliki nur wenig landwirtschaftliche Möglichkeiten gibt, wird durch die Übergabe der Ziegen die extreme Armut der Frauen erheblich gelindert.
In dieser Region lebt und ernährt eine Frau ihre Familie mit ca. 1,80 € im Monat!!! Ja richtig!!! 1,80 € im Monat.
Jede Ziege wird dazu beitragen, dass jede Schäferin ein regelmäßiges Einkommen hat. Die Schäferin wird - wie die Männer - am wirtschaftlichen Leben teilnehmen können und damit eine Unabhängigkeit schaffen und Selbstvertrauen gewinnen.
Wie eine junge Mitarbeiterin der Kooperative zum Schluss sagte:
„Mit diesem Projekt – wenn Du Glück hast – bist Du aus der Armut raus“
Guilliki Region – Koordinaten Lambert : 13° 5'60.00"N - 1°50'59.68"E

Lettre aux marraines des petites chèvres du Niger !
Chères Marraines,
à Guilliki région de Torodi - février 2012
Par une fraiche journée d’harmattan, le cheptel au grand complet est arrivé en camion tout droit de Maradi.
Chères marraines, soyez remerciées, les 62 femmes de la coopérative Mi Heti Allah, ont reçu avec une joie non dissimulée et beaucoup de fierté vos 124 chèvres et 9 boucs.
De magnifiques chèvres habillées de robes rousses, brunes ou noires avec des reflets acajou, brillants et des petites têtes noires pour certaines.
Ah ! Qu’elles sont jolies nos petites chèvres !
Mais aussi, bien soignées, elles ont été marquées, déparasitées et vaccinées.
Les bergères ont été formées lors de plusieurs sessions à l’élevage par un vétérinaire le Dr Karimou Boureima.
L’Association Nigérienne pour le Progrès et la Défense des Droits de la Femme (ANPDDF) notre partenaire a sensibilisé et formé les femmes de la coopérative à la vie associative, à la gestion et à l’organisation du travail.
Une convention et un contrat individuel ont été signés avec chaque bergère, (comme sur tous les projets de Femmes France-Niger) apportant, rigueur, crédibilité, sérieux et visibilité à nos actions.
Ce cheptel caprin à Guilliki apporte une réponse concrète à l’extrême pauvreté des femmes, à la place marginale de celles-ci dans la prise de décision et à l’absence de revenus liés aux faibles activités agricoles.
Dans ces régions une femme vit et fait vivre sa famille avec 1.80€ /mois…Oui oui par mois !!
Chaque chèvre va permettre d’augmenter et de donner un revenu sur et régulier à chaque bergère, chaque bergère sera actrice de la vie économique au sein de la communauté au même titre que les hommes, chaque bergère va retrouver dignité, confiance et autonomie.
Une jeune femme de la coopérative a conclu ainsi :
« Avec ce projet, si tu as la chance tu sors de la pauvreté »
Dankeschön an die Deutsch Patinnen-Paten
(Herunterladen in Deutsch Sprache)
Guilliki région de Torodi - Coordonnées Lambert : 13° 5'60.00"N - 1°50'59.68"E
Recevez nos amitiés solidaires et caprines !
Bloc opératoire des femmes fistuleuses
Maternité de Zinder le 25 janvier 2012
Le docteur Lucien Djangnikpo est connu par les femmes du Niger, bien sur, mais, aussi au-delà des frontières vers les régions Est du Tchad et du Nord Nigéria.
Ce chirurgien a pratiqué en 2011, 154 interventions de fistules obstétricales, plus qu’à Niamey (la capitale)
En 14 ans il a traité 1336 femmes.
Son humanité associée à sa dextérité ont contribué à son immense réputation, d’un simple geste chirurgical, il redonne espoir et sens à la vie à des femmes souvent très jeunes qui vivent en marge d’une société qui les condamne à l’exclusion alors que c’est cette même société qui ne respecte en rien leurs droits, c’est cette même société qui leur inflige les pires violences :
Pauvreté, malnutrition, services de santé déficients, mariages et grossesses précoces, répudiation, discrimination basée sur le genre…

Femmes accompagnantes et femmes fistuleuses à la maternité de Zinder, Janvier 2012
photos © Femmes France-Niger
Rappel : Femmes fistuleuses au Niger !
Des chiffres alarmants :
- 87,6% ont été mariée entre 10 et 15 ans.
- 64 ,8% ont accouché à domicile.
- le travail d'accouchement a duré en moyenne 3 jours (+/- 1,4 jours)
- avec des extrêmes de 6 à 10 jours pour 6,1% d'entre-elles.
- chez 58% la fistule s'est déclarée après le premier accouchement.
- le délais écoulé avant la première consultation est de 1 à 6 mois pour 69,9% des femmes,
- 11% ayant attendu 2 ans ou plus.
- Les motifs invoqués pour justifier ce retard sont l'ignorance de l'existence d'un traitement (44,6%), le manque de moyens (26%), l'opposition des parents (22,8%) et les tentatives de traitements traditionnels (6,2%).
Ce matin c’est Mariama et Tegour qui vont être opérées.
Mariama est arrivée le 9 janvier, elle a 25 ans, elle vient de Kano (Nigéria) elle est mariée. Elle eu 5 grossesses et ses 5 enfants sont morts.
C’est suite à son dernier accouchement, par vois basse, à l’hôpital Murtala de Kano, le 28/11/2011 où elle a donné naissance à un enfant mort-né, qu’elle devient incontinente, le motif est une fistule vésico-vaginale (FVV) de 1cm.
Tegour est arrivée le 4 janvier, elle a 28 ans, elle vient d’Abardok (région d’Agadez, nord Niger).
9 grossesses, 4 enfants décédés.
Elle a accouché par forceps au CHR d’Agadez d’un enfant mort-né en avril 2011. Elle devient incontinente avec une impotence des membres inférieurs, le motif diagnostiqué ici, une fistule vésico-vaginale (FVV) de 3 cm.
9H au bloc opératoire :
Les 2 patientes arrivent, en marchant péniblement au bloc. Leur sonde urinaire et leur seau à la main, stressées et très intimidées.
RFI (Radio France-Internationale) diffuse ses émissions habituelles et les infirmiers et l’anesthésiste présents font preuve d’une grande attention et d’un grand respect pour ces femmes transportées dans ce monde médical dont elles ignoraient jusqu’à l’existence.
Une rachis anesthésie est pratiqué et 40mn de reconstruction grâce aux mains expertes du Dr Lucien, pédagogue, il explique chacun de ses gestes, son calme et la sureté de son geste font l’admiration de nous tous.

Les étapes de l'opération d'une fistule obstétricale - Maternité de Zinder
Janvier 2012 - photos © Femmes France-Niger

24H en postopératoire suivi d’une hospitalisation pendant un mois avec une sonde urinaire à demeure, durant cette période.

La salle post-opératoire de la maternité - Zinder
Janvier 2012 - photo © Femmes France-Niger
L’intervention seule, ne suffit pas, l’équipe du Dr Lucien a mis au point avec le REF (Réseau pour l’Eradication des Fistules) un programme de suivi des patientes opérées et de réinsertion psycho-sociale.
Pour accompagner ces femmes vers l’autonomie Femmes France-Niger, a construit à Zinder, le 1er Centre National d’Accueil et de Réinsertion pour des femmes atteintes de fistules obstétricales, loin des murs de l’hôpital.

La plaque du centre - L'ONG Solidaritéqui administre le centre
Zinder - Janvier 2012 - photos © Femmes France-Niger
Au centre d’accueil, le travail de reconstruction psychologique et sociale des femmes, prend du sens.
Au centre d’accueil, les époux, les familles et les communautés villageoises sont accompagnés afin de lutter contre les attitudes de rejet et les préjugés.
Au centre d’accueil, l'insertion des femmes au développement économique et social et la mise en place d'activités génératrices de revenus (AGR) peuvent se réaliser.
Au centre d’accueil, la création d'un système d’Information - éducation sur la prévention de nouveaux cas, peut se concrétiser.
Gardons présent à l’esprit les Objectifs du millénaire pour le développement et en particulier l’objectif 5 qui concerne l’amélioration de la santé maternelle.
Traiter les femmes atteintes de fistules obstétricales est possible !
- Chaque intervention dure en moyenne 40mn !
- Intervention avec le traitement : 153 € !
- Une dizaine de chirurgiens sont formés au Niger !

Il y a une vie après la fistule,
Une 2ème chance, une 2ème vie !
Ce n’est pas une fatalité
MODE ET SOLIDAIRE !
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Bravo et merci mon petit plus !

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à lire sur le blog mon petit plus : SO LI DA RI TE !
Femmes France-Niger vous souhaite une année solidaire !
AG du 26 novembre !

Le bureau de Femmes France-Niger
vous remercie de votre présence à l'Assemblée Générale
Assemblée Générale de l'Association Femmes France-Niger
samedi 26 novembre 2011
14h30, salle Blanqui 1 à Limoges
(Salle Blanqui, derrière la Mairie de Limoges)
Ordre du jour :
- Rapport moral (Marie-Christine Roussel-Dupuy, Présidente)
- Rapport d’activité (Sylvie Boissou, Secrétaire)
- Rapport financier (Anne Daccord, Trésorière)
- Questions diverses
Nous avons le plaisir de vous convier à notre Assemblée Générale, elle sera l’occasion de communiquer sur le suivi de nos projets à Abada-Goungou, à Agadez, à Zinder et à la mise en place du projet de constitution d’un cheptel dans la région de Torodi.
Les actions de notre association sont compliquées par la situation sécuritaire actuelle. Le Niger vit des moments difficiles dus à la montée en puissance de réseaux terroristes (AQMI) et dus aussi aux effets désastreux des conséquences de la guerre en Libye.
Nous sommes toujours mobilisés sur les projets en cours et à venir.
Au nom du bureau, nous vous remercions de votre soutien.
Nous serions très heureuses de votre participation à cette Assemblée Générale.
Recevez toutes nos amitiés solidaires.
Marie-Christine Roussel-Dupuy
Présidente
Sylvie Boissou
Secrétaire
Une Grande Dame vient de nous quitter
Danielle Mitterrand est décédée cette nuit.
Présidente-Fondatrice de la Fondation France-Libertés.
Courage, dignité, engagement, Amour de l'Autre.
Lire le communiqué sur le site de la fondation.
Elle avait soutenu "Femmes France-Niger" lors du "projet puits", d'une façon extraordinaire tant humainement que financièrement, pour que les femmes d'Abada n'aient plus à choisir entre "boire l’eau polluée du fleuve" et "la corvée d’eau"
Femmes France-Niger est "porteur d'eau" avec la Fondation France-Libertés.
Être un Porteur d’eau, c’est participer, localement, au mouvement mondial qui œuvre pour que l’eau ne soit plus une marchandise et que l’accès à l’eau devienne un droit universel. Ce grand mouvement est un moyen de faire émerger, d’identifier et de rendre visibles toutes les initiatives locales autour d’un même label : « les Porteurs d’eau »


Une conférence pour les élèves du lycée Suzanne Valadon de Limoges
2 thèmes :
"mondialisation et développement"
pour les classes de terminales.
"sociétés et développement durable"
pour les classes de secondes



Projet Chèvres
partenariat avec la Commission Régionale des agricultrices
de la FRSEA du Limousin
Geneviève Barart, éleveuse de chèvre,notre personne ressource,
Geneviève nous explique le fonctionnement de son entreprise,
et fait la traite et quelques chèvres "alpines" ...
Dernières infos au sujet du Projet Chèvre : ICI
Le premier roman politique écrit par une Nigérienne est né !
NIAMEY (© 2011 Afriquinfos) - Dans le lot des écrivains du Niger, il existe dorénavant une auteure d’un roman politique. Hélène Kaziendé-Djondo, elle s’appelle. "Les fers de l’absence", c’est le nom de son ouvrage qui détonne dans le paysage littéraire du Niger. Une publication des éditions "L’Harmattan", dans sa collection« Encres noires ».
"Des manuscrits doivent être en souffrance dans bon nombre de tiroirs, sans doute. Il n’est pas aisé de publier, c’est un réel parcours du combattant. Des écrivains de talents existent au Niger, mais souvent certains sont tellement écrasés par le poids du quotidien qu’il n’y a pas de place dans leur vie pour une aventure littéraire", se défend cette Nigéro-Togolaise, en expliquant le vide que vient combler son ouvrage dans le monde de la littérature dans son pays d’origine.
"C’est l’Afrique qui nourrit mon imagination; bien sûr, vous retrouverez dans le roman des échos, les reflets de crises politiques qui ont dévasté le Togo et le Niger, mais l’Afrique reste au cœur de l’œuvre", résume l’auteure en décrivant le contexte dans lequel son ouvrage a vu le jour.
Tous pour une nouvelle Afrique
Le continent noir dispose de tous les atouts pour réellement décoller dans tous les domaines. Journaliste, enseignante et écrivain, Mme Kaziendé-Djondo fait résolument partie des Africains et Africaines optimistes sur le sort de leur continent. Pourvu que le cocotier de l’immobilisme général dans cette partie du monde soit secoué ; hic et nunc.
"Prenons notre destin en mains, cessons de tendre la main vers des pays qui ont fait avorter nos aspirations à l’indépendance et la démocratie », martèle, déterminée, cette amoureuse des Lettres. « Comment pouvons-nous compter sur des pays que nous croyons responsables de notre sous-développement ? Sortons une bonne fois pour toutes de ce carcan décolonisé ad vitam aeternam qui nous fait surfer sur place. Les pratiques néfastes du passé de nos soi-disant pays “indépendants” perdurent et entravent leur marche vers le progrès dans tous les domaines ; notamment dans les domaines du développement et de la gestion économique. Il est temps de les abolir pour toujours", assène Hélène Kaziendé, ferme sur ce sujet.
En 2006, cette Africaine résidant au Togo avait déjà commis le premier roman dans sa bibliographie, "Aydia", aux éditions "L’Harmattan".
Les bénévoles à votre rencontre - Eté 2011
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Excision : les tradi-praticiennes se trompent !
4 juillet - Africamix - blog lemonde.fr (Paris) - Il faut l'écrire encore et encore, même si cela peut apparaître à certains esprits malingres comme de l'impérialisme culturel : l'excision est à bannir, vestige d'une mauvaise tradition ! Et de mauvaises traditions perdurent dans toute société humaine.
L'excision n'a absolument rien à voir avec un quelconque texte figurant dans le Coran ou les hadiths du prophète Mahomet. Elle est une survivance des temps les plus obscurs, antérieure à l'islam et à sa révélation. Elle se pratique, par exemple, encore aujourd'hui chez les Amharas, peuple chrétien orthodoxe des hauts plateaux éthiopiens.
Le mois dernier, le 6 juin, en Guinée-Bissau, une loi condamnant l’excision a été votée à une écrasante majorité au parlement. Toute personne se rendant coupable de mutilation génitale féminine est désormais passible d'une peine de cinq ans de prison et d'une amende pouvant atteindre 5 millions de F CFA (quelque 7 600 euros, soit une somme bien rondelette).
Avec cette loi, la Guinée-Bissau devient le dix-neuvième pays d'Afrique à voter un texte anti-excision, contre vingt-huit qui en autorisent encore la pratique. Mais la réalité du terrain n'est pas celle des parlements. Plus de 350 000 jeunes filles et femmes sont marqués à vie dans leur intimité en Guinée-Bissau. La loi ne change pas les mentalités, du moins pas aussi vite qu'un vote. Pire : les petites sont envoyées au Sénégal ou en Guinée pour subir le crime du rasoir.
Maram Baldé n'est pas d'accord : « Nos mères et nos grands-mères ont été excisées. Elles nous ont pourtant mises au monde sans difficulté. Nous n'écouterons pas les mensonges qui dénigrent nos coutumes. » Cet « argument » reposant sur l'histoire familiale, forcément fort et quasi intime, est l'un des plus difficiles à combattre, notamment face à une explication rationnelle voire morale.
Exciseuse maniant le couteau « depuis quatre décennies », elle feint d'ignorer les complications de ses actes qui provoquent des accouchements à risque, des morts en couche, sans évoquer les traumatismes liés à une sexualité abîmée volontairement. Mais surtout, au-delà d'arguments invoquant la santé publique ou le cœur de l'intimité conjugale, l'excision fait vivre financièrement, parfois grassement, les plus demandées de ces « professionnelles de l'obscurantisme ». Une part importante de la réussite du combat contre cette pratique barbare passe nécessairement par une prise en charge financière. Les exciseuses doivent pouvoir avoir les moyens de se « reconvertir ».
Et que dire des hommes se réfugiant lâchement dans la dichotomie sexuée des sociétés traditionnelles. Combien de fois n'avons-nous pas entendu : « C'est une histoire de femmes... »
« Il y a des pratiques que nos ancêtres eux-mêmes, s'ils revenaient à la vie,
trouveraient caduques et dépassées », Amadou Hampaté Bâ.

Récit d'Ibrahim Manzo Diallo : Cent vingt jours dans les geôles d’Agadez (Niger)
Merci Ibrahim pour ton Humanité.
Pour rappel: Ibrahim Manzo Diallo est le créateur et rédacteur en chef d'un groupe de presse : "Aïr Info" depuis 2002, Région d'Agadez et le "Damagaram" 2006, Région de Zinder . Il a été arrêté arbitrairement le 9 octobre 2007 et mis en liberté provisoire le 6 février 2008.

sur le site d'Aïr Info
Une arrestation arbitraire
« Monsieur, vous êtes en état d’arrestation ! »
« Et pourquoi,s’il vous plaît? »
« Ce sont des instructions, c’est tout ce que je peux vous dire ! »
« Pourrais-je au moins voir le mandat qui vous autorise à m’arrêter, Madame ? »
« Désolée, mais nous avons reçu l’ordre strict de vous arrêter ! Videz toutes vos poches sur la table!»
Je m’exécutai devant l’air très embarrassé de la dame. C’est dans un bureau attenant à la salle d’embarquement de l’aérogare que j’en saurai plus. La dame est officier de police en service à l’aéroport Diori Hamani de Niamey et son service a eu pour instruction d’arrêter Ibrahim Manzo Diallo, correspondant de RFI à Agadez. Je fis rapidement remarquer à l’officier que je suis bien Ibrahim mais que je n’ai jamais été correspondant de RFI et que c’était peut-être une méprise.
Quarante minutes plus tard, un groupe de policiers vint me chercher et m’a prié de m’installer dans un…taxi occupé par des policiers en tenue. On mit le cap sur le centre-ville jusqu’au bâtiment qui abrite la Police judiciaire de Niamey. Je fus questionné toute la nuit sur qui je suis ; ce que je fais dans la vie ; pourquoi je quittais le Niger, etc. Comme j’ignorais toujours ce qu’on me reprochait, je posai la question à l’officier de police de permanence qui m’intima d’attendre au lendemain. Des membres de ma famille mis au courant me retrouveront à la PJ mais on leur interdit de me voir. J’ai passé toute la nuit à jeun, bouleversé par cette incroyable arrestation. « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Quel crime ai-je commis pour me retrouver dans ces endroits insalubres avec pour seuls compagnons des malfrats de tout acabit ? » Quand je me rappelle qu’au même moment, des amis qui pensaient que j’étais en route m’attendaient en France pour mon stage, fruit d’une coopération entre notre journal Aïr Info et l’Association Ouest-Fraternité ! » Effectivement vers dix heures le lendemain, j’embarquai avec ma valise dans un véhicule de police à destination de la Brigade de recherche de la Gendarmerie. Coup de théâtre! La gendarmerie attendait un journaliste, c’est vrai mais… français. « C’est bien vous que la police a arrêté hier soir à l’aéroport ?» «Oui !», ai-je marmonné.
«Et qu’est-ce que vous avez fait ?» C’est le comble pour moi : ici aussi, on veut que je dise moi-même ce qui a conduit à mon arrestation! Tout cela commençait à m’exaspérer. Je réponds à l’officier qui me posait les questions que je veux savoir ce qu’on me reprochait à la fin. On me dit alors d’attendre dans un coin jusqu’à ce qu’on se renseigne sur mon cas.
La réponse arriva trois heures après : « Prenez votre valise et suivez-moi » me dit poliment un officier de gendarmerie. Je fus prié d’embarquer dans un autre véhicule bondé d’hommes armés.
Visiblement, je partais pour une destination inconnue, en tous cas loin de Niamey. Aucun membre de ma famille n’avait été informé de mon transfert. J’ignorais moi-même où on m’amenait. En cours de route, les gendarmes qui m’escortaient ne disaient rien. Tous avaient leur arme! Même le chauffeur gardait précieusement la sienne, un AK 47, sous son siège… Arrivés à Dosso, on fit une escale dans l’enceinte de la Brigade de gendarmerie. J’eus droit à de l’eau fraîche et même à me rendre aux toilettes !
Deux heures après, c’est à nouveau le départ ! Vers où on va encore, s’il vous plaît? L’un des gendarmes, assis à côté de moi, me tranquillisa : “Tu le sauras bientôt !”. Pour me faire languir peut-être, ils engagèrent juste après une conversation sur notre destination probable! “Tu risques de te retrouver à Diffa...” Après plusieurs heures de voyage, on arrive vers minuit à Tahoua, ville située à plus de 600 km au nord de Niamey. Dans la même nuit, des gendarmes m’escortèrent jusqu’à un bureau sis derrière celui du gouverneur de la ville. On me fit déshabiller et on me jeta torse nu dans une cellule infecte. Je n’avais rien comme couchette. C’est seulement le lendemain vers 17 heures que je ferai mon premier repas, c’est à dire presque trois jours après mon arrestation !
Je ne vivais que d’eau et d’angoisses. La deuxième nuit, je fus pris d’un malaise qui obligea mes geôliers à me transporter d’urgence à l’hôpital. Le temps d’une injection, je retrouvai mes cafards et mes fourmis devenus mes seuls compagnons. Je passerai cinq nuits dans cette cellule de moins de deux mètres carrés. Ma famille ignorait totalement ma position. Je les entendais dire tout leur désarroi sur les ondes de RFI, que j’entendais grâce au transistor du poste de garde. Mon cœur se serrait de douleur de ne rien pouvoir faire pour les rassurer ! J’avais eu très mal lorsqu’une de mes sœurs éclata en sanglots à l’antenne, implorant qu’on lui dise là où se trouve son frère…
Le cinquième jour, tard dans la nuit, plusieurs véhicules stoppèrent devant ma cellule. Nouveau départ ! Nouvelle destination ! Je saurai à la lueur du jour qu’on se dirigeait vers Agadez. Ma ville que je retrouvais au crépuscule, Agadez que j’avais quitté en homme libre il y a quelques jours pour venir prendre mon vol à Niamey mais qui me semble aujourd’hui totalement métamorphosée. A la barrière, quelques civils qui m’ont reconnu détournent leur regard pour ne pas s’attirer d’ennuis.
Une véritable campagne de dénigrement avait été savamment distillée sur mon compte sur les ondes des médias publics depuis mon arrestation. Le ministre porte-parole du gouvernement disait même que des documents très compromettants avaient été découverts sur moi, dans mon bureau et à domicile…Et pourtant aucune fouille n’a été menée chez moi ou à mon service. Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage … Aujourd’hui, je revenais escorté comme un dangereux assassin à Agadez, une région que toutes les fibres de mon cœur chantent ; une région qui m’a vu grandir et à laquelle je donnerai ce que j’ai de plus cher. Une région qui a donné un sens à ma vie! Aujourd’hui, on se détourne de moi comme d’un malpropre. Je voulais crier de toutes mes forces que je n’ai rien fait, que je suis victime d’une implacable injustice !
Déjà à l’entrée de la ville, des militaires nigériens voulaient continuer avec moi jusqu’à la compagnie sur instructions de leur hiérarchie mais la gendarmerie s’y opposa. A la Brigade de gendarmerie, j’ai été enfermé dans la même cellule qu’a occupé un confrère du nom de François Bergeron, un ami que j’ai connu quelques années auparavant arrêté dans le cadre du conflit en cours au Niger. Après vingt jours de garde à vue, j’ai su enfin ce qu’on me reprochait : association de malfaiteurs ! Intelligence avec l’ennemi ! Et le comble, que je partais en Europe travailler pour le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), un mouvement rebelle né en février 2007 au nord Niger. Tout cela sans qu’aucune preuve vienne étayer ces dires. Un bref passage à la Justice et je fus mis sous mandat dépôt au camp pénal d’Agadez ! Pour la première fois de ma vie, je faisais la connaissance du monde carcéral. Ce séjour m’a permis de voir ce qui se passe derrière ces longues murailles d’argile ocre, loin de tout et de tous. Je partagerai volontiers ce que j’ai vécu. Devant la prison, collée à un pieu du hangar du parloir, une enseigne avertit tout arrivant : «On ne vient pas en prison pour être puni mais parce que on est déjà puni ». Je méditerai cette phrase pendant tout mon séjour.
Avant de franchir la lourde porte donnant accès à la cour du camp pénal, la tradition veut que vous versiez de l’argent aux innombrables chefs qui règnent en maîtres absolus au sein de la prison. C’est mon frère Abdoulkarim qui le fera à ma place. Il fut obligé après de dures négociations de verser quarante cinq mille francs au “Sarki”, un détenu condamné à une vingtaine d’années de prison pour viol et tentative d’homicide sur sa nièce mineure qu’il jeta dans un puits après cet acte odieux. Avant de franchir la lourde porte, un agent de sécurité, crayon en main, changea le chiffre du registre. J’étais alors inscrit sous le numéro 162.
Le camp pénal d’Agadez est une bâtisse aux allures coloniales. Rien n’a été laissé au hasard. La grande chambre par exemple est un énorme bâtiment de près de 300 places qui n’a pas été fait dans de la dentelle. Les épais murs parsemés de minuscules trous d’aération dissuadent toute tentative d’évasion. Des larges banquettes en argile servent de lits aux détenus. La grande chambre est subdivisée en plusieurs quartiers qui ont chacun un délégué, qui rend compte au Sarki dès qu’un problème survient.
J’eus la chance de passer ma première nuit dans cet endroit grâce au bon vouloir des responsables du pénitencier. La première nuit, je fis la connaissance de Sagamnia, l’adjoint au Sarki, un homme d’un gabarit impressionnant et qui est plus craint que le Sarki titulaire. Il eut l’amabilité de mettre à ma disposition son espace et imposa le calme autour de moi pour me permettre de dormir. Comment l’aurai-je pu ? Dormir au milieu de tant d’inconnus ! Je demandai alors à mon hôte de venir causer avec moi. Autour d’un verre de thé, il me raconta toute sa vie. Je pense qu’il n’a jamais autant parlé depuis son incarcération. Je buvais littéralement son histoire, celle d’un jeune homme qui est né et qui a grandi à Arlit, histoire qui s’est arrêtée, dit-il, “ le jour où dans un bistrot, j’ai poignardé à mort un homme pour une histoire de femme” « Elle m’a laissé quand j’ai été arrêté ». Et ce qui lui fait mal, soupire t-il : « même ma propre femme m’a abandonné ! Je me sens si seul ». Depuis bientôt quatre ans, Sagamnia attend d’être jugé.
Des détenus oubliés par la justice? Il en existe en grand nombre.
Saley, un jeune homme de 28 ans, en est un bel exemple. Présumé coupable de vol en réunion, il attend depuis six ans un procès mais en vain. D’année en année, le temps et l’injustice ont réussi à faire de ce jeune un être brisé, sans rêve ni espoir. Dès la première nuit, je compris que l’abus et le commerce de la drogue sont une réalité indéniable. Le chanvre indien ravit la place à la cigarette.
On fume son joint tranquillement assis devant le petit poste téléviseur commun ou en se pavanant. De toutes les façons, “ on est déjà puni ”! Jusqu’au petit matin, je me torturais à comprendre comment et par qui cette drogue pourtant prohibée arrive à rentrer à l’intérieur. Quelle est alors l’utilité de toutes ces fouilles de détenus revenant des corvées ou des paquets qui leur sont destinés? Il faut être en prison pour voir et comprendre la démesure de l’injustice de la justice des Hommes ! Il faut vivre la prison pour voir des hommes, animalisés par le manque, s’entredéchirer jusqu’au sang pour un bout de pain ou les restes du repas d’un détenu plus nanti. Oui, il faut être entre ces quatre murs pour voir qu’un détenu n’est en fait qu’une bête de somme qui sue à décrasser les habits des gardes ou à casser du bois des journées durant sans rien attendre en retour.
Ici, l’on ne mange qu’une fois par jour. A midi, et c’est tout! Le menu est simple : cinq fois par semaine, du sorgho. La malnutrition frappe à l’oeil nu. Et la bouillasse servie se retrouve séchée et revendue à vil prix aux gardes qui élèvent des moutons.
La santé des détenus ne constitue pas une préoccupation ! Le régisseur du camp pénal, M. Sina, fait de son mieux mais ne peut venir à bout de tant de sollicitations. À son corps défendant, il voit ses pensionnaires malades mourir à petit feu après quelques soins primaires.
Je veux dire ici l’absurdité de la mort de l’imam de la mosquée de la prison, un détenu aussi ! Rongé par la maladie, il me fit appeler et m’implora de dire au régisseur de l’envoyer à l’hôpital ! Je n’oublierai jamais sa dernière phrase quand j’étais à son chevet : « Ibrahim, peut-être qu’ils vous écouteront, dites-leur de m’amener me faire soigner ! Je vais mourir ! Pour l’amour de Dieu, Amenez-moi à l’hôpital ! ». Avec trois autres détenus, dont deux agents de FNIS( Forces nationales d’intervention et de sécurité), Ichek et Mamane Sani et un chauffeur du nom de Guemé, nous demandons une audience pour plaider sa cause auprès du régisseur ! « On va voir son cas » répond le responsable du pénitencier ! Effectivement, il eut droit à quelques sérums au sein même de la prison mais, à bout de forces, il a finalement été transporté à l’hôpital où il décéda le lendemain, mains menottées à un lit ! Le défunt était présumé coupable d’abus de confiance portant sur quelques centaines de mille FCFA.
Devant tant d’injustices et de monstruosités, il arrivait des fois que je perde espoir sur la capacité de nos pays à vivre la démocratie ! Serions-nous un jour capables de tuer les monstres qui sommeillent en nous et d’enfin respecter autrui ? Serions-nous un jour capables de voir l’autre, différent de nous, et lui parler le langage de l’égalité sans le blâmer ou vouloir l’assujettir ? Devant le spectacle désolant de l’humain dégradé, de l’humain anéanti dans sa splendeur et sa dignité, j’en doute fort… Parfois quand s’annonce une mission du CICR ou de parlementaires, la prison change de visage. On cache sa face hideuse qui nous est familière et, à coups de balai et d’éponge, les détenus lui donnent très rapidement un aspect jovial, plus humain ! Cette hypocrisie m’a beaucoup blessé pendant mon séjour.
En prison, pour oublier nos problèmes et supporter tous ces jours qui se succèdent et qui se ressemblent, nous nous nourrissions d’espoir et de blagues taquines ! Petit à petit, une complicité était née entre les détenus et moi ! On se confiait ! Des fois, il nous arrivait de nous réunir autour d’un médium, un détenu aussi, qui joue aux cartes dans l’espoir de lire dans les signes si notre libération approchait ou non. Curieusement la veille de ma libération, c’était lui le premier à m’annoncer que mon séjour au camp pénal prenait fin ! Sacré Alhadi ! Il purge, lui, une peine de sept ans !
La vie au quartier des mineurs
Notre médium Alhadi est très sollicité pour ses dons de voyance. Ce qui est étonnant, même nos gardes font appel à ses services. Par je ne sais comment, il est devenu mon ami, mon compagnon et mon confident...Cet homme lisait sur les pages de ma vie. Il sait tout sur moi. Ce qu’à été ma vie et ce que je suis en train de vivre. Il lisait en moi dans sur un livre.
Chaque matin, à l’heure du thé, il arrivait dans ma chambre avec ses cartes dans la poche ! Fiinalement, c’était lui qui s’occupait de tout pour moi.
En prison, il faut savoir se débrouiller pour ne pas mourir de faim. Alhadi officie clandestinement mais son boulot n’est qu’un secret de polichinelle. Pour être à l’aise, il invitait ses plus “gros” clients un peu à l’écart, notamment au quartier de mineurs.
C’est lui qui me fit découvrir le quartier de mineurs. Une maison construite dans le style de maisons sans bois qui sert de cellule à quatre jeunes enfants de moins de 18 ans. Petit à petit, “l’officine” de Alhadi devint notre lieu de rencontre. Il m’a invité à plusieurs reprises là bas pour me lire les cartes. Je reconnais aujourd’hui encore que je l’ai cru jusqu’au bout.
En fréquentant le jour ce quartier dit des mineurs, j’ai pu sympathiser avec l’un de jeunes détenus du nom de Ahmedou. Un jeune peulh d’à peine quinze ans qu’une dispute anodine ayant mal tourné a conduit au bagne. On parlait la même langue et finalement, je fus comme un père pour lui. Il m’appelait “ père”.
Ahmedou est en prison suite à une bagarre qui a mal fini. Ahmedou a tué son ami d’enfance d’un coup de bâton sur la nuque. Je me rappelle encore du jour où il se décida à s’ouvrir à moi. Il avait versé beaucoup de larmes car Il aimait si bien son ami. Moi aussi, car je sentais tout le drame que vivait cet enfant. “Il me manque beaucoup”, me confiait-il de temps en temps. “ ça lui échappait des fois quand on est à deux mais jamais devant une autre personne”.
Après plusieurs mois de prison, Ahmedou continuait encore de se culpabiliser. Il m’a demandé un jour ceci :“ Père, tu penses que Dieu me pardonnera un jour d’avoir ôté sa vie à mon ami ? ”
Sa question m’ayant pris au dépourvu, je lui ai répondu : “ tu n’as été que le bras exécutant d’un fait qui devait se réaliser ce jour-là et nul autre et qui devait emporter ce garçon et pas un autre ! C’est écrit depuis longtemps avant même que tu ne viennes au monde Ahmedou. Dieu t’a déjà pardonné”.
Malgré cette conversation pour l’amener à se libérer, je continuai à observer sur son visage la lueur d’une douleur innommable. Je me creusai la cervelle à le deviner mais l’enfant s’emmurait dès qu’une tierce personne s’approchait de nous. Je sentais cependant qu’une blessure rongeait cet enfant outre celle du remords du meurtre qu’il a commis.
Un matin, après avoir partagé mon petit- déjeuner, son visage d’un coup s’est éclairci et me demanda le sort réservé à tout homme qui a fait des mauvaises choses avec un autre garçon. Abassourdi, je lui demandai de m’expliquer ce qu’il entendait par là !
Ahmedou hésita un moment avant de nommer un détenu, mineur beaucoup plus âgé que lui et qui a été libéré récemment : “ Untel m’obligeait à faire de choses très sales avec lui presque toutes les nuits ! Et à chaque fois, j’ai très mal ! Il dit qu’il allait me tuer si je le dénonçais ”.
“Dis-moi clairement Ahmedou! Qu’est-ce qu’il t’a fait ? ”. “ Il m’enlevait le pantalon et me touchait par derrière pendant que les autres détenus dormaient.”, avoue Ahmedou.
“ Et pourquoi tu ne l’as pas dénoncé aux gardes? “, lui dis-je. “ Il est plus fort que moi et ensuite il me donne les restes de sa nourriture. J’ai eu peur de lui car s’il apprennait que je l’ai dénoncé, il me tuerait dans la nuit ou Il n’allait plus m’aider et je vais mourir de faim ! Mes parents viennent rarement me voir car ils vivent loin d’Agadez.”
“ J’ai eu très mal ce jour-là car qui pouvait soupçonner l’enfer qu’a vécu ce petit garçon?
Le viol étant en principe puni de quinze ans de réclusion criminelle et que la peine peut être aggravée dans un grand nombre de circonstances qui tiennent soit au résultat des violences, soit à la qualité de la victime ou de l’auteur, soit aux modalités du crime. Ainsi, le viol est puni de vingt ans de réclusion criminelle (C. pén. art.222-24) lorsqu’il a entraîné une mutilation ou une infirmité permanente; lorsqu’il est commis sur un mineur de quinze ans; lorsqu’il est commis sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de l’auteur.
Ahmedou, ce pauvre jeune peulh a subi dans sa chair l’irascible loi du plus fort dans un univers dûment réeducatif.
J’enrage aujourd’hui encore en pensant que contrairement aux autres bagnes du pays, il y a dans celui d’Agadez un détenu adulte désigné par l’administration pénitentière pour surveiller les mineurs. Il dort avec eux dans la même cellule. Parfois, les enfants ne pouvant s’opposer à une telle décision boudent à longueur de journées leur “ange gardien” qui n’est en réalité qu’un terrible bourreau qui se fait royalement servir par les enfants. C’est eux qui lui font la lessive, chauffer l’eau... Où était cet adulte désigné par le pénitencier quand le jeune Ahmedou se faisait violer presque chaque soir par un pervers garçon? Quelle est l’utilité d’un tel gardien?
Le triste sort de Ahmedou en prison m’amene à me poser des questions sur la répression de mineurs. L’Etat du Niger ne doit-il pas encourager l’initiative de faire purger les peines de mineurs autrement?. Par les travaux d’intérêt commun par exemple sans aller à l’enfermement.
Au quartier de mineurs, j’ai connu aussi Boubacar, un enfant de moins de seize ans.
A première vue, il était le seul de détenus mineurs à se plaire au sein de la prison. Normal, il connaît sont sort : six mois pour le vol d’un Bazin à la veille d’une fête religieuse. C’est son deuxième séjour dans ces lieux. Curieusement, il est heureux d’être là. “Même si je sors d’ici, Je n’ai personne au dehors. Je serai obligé de dormir dans la rue ou sous des hangars de fortune. Je n’ai plus de famille, d’ailleurs je n’ai jamais connu mon père !”. Et quand je demandais à Boubacar ce qu’il fera une fois libéré.
Il me dit : “ Revenir ici et être affecté à la grande chambre. C’est plus animé là bas!”.
En réalité Boubacar se ronge les ongles au quartier de mineurs où l’abus de la colle et de la drogue est étroitement surveillé.
J’ai su plus tard qu’il arrivait malgré tout à se procurer un petit joint par les interstices de la porte ferrée qui les sépare du monde des adultes, “ Les On s’en fout” comme on appelle ceux qui fument l’herbe ou aspirent de la colle devant tout le monde ont l’habitude de lui glisser la “marchandise”.
“Ils n’ont peur de personne, pas même les gardes qui rentrent des fois à l’improviste ! Ils fument du ganja devant les gens”, raconte avec envie le jeune Boubacar .
Les quatre jeunes pensionnaires du quartier de mineurs vivent dans un espace réduit qui ne leur offre aucun agrément. Il n’ont aucun passe-temps pour eux. La plupart d’entre eux s’ennuyaient dedans et envient le grand espace réservé aux adultes. En regardant de près la vie qu’ils mènent dans ce centre de détention, j’ai conclu qu’ils n’en sortiraient jamais redressés mais plutôt endurcis dans la débauche. Comment faire en sorte que ces enfants qui grandissent aux côtés de gangsters attitrés retrouvent un jour le droit chemin?
A mon humble avis, l’Etat doit revoir au plus vite l’aspect de la répression de jeunes mineurs. Le fait de les cloîtrer dans une piaule taciturne ne remédiera jamais à leur sort mais bien au contraire. Il est urgent de les utiliser pourquoi pas dans des travaux d’intérêts collectifs tout en les gardant à l’œil.
Au camp pénal d’Agadez, sur initiative propre du régisseur M. Sina et d’une association anglaise dénommée Pensées Sans Frontières, des cours d’alphabétisation sont dispensés aux détenus désireux. Ces cours d’alphabétisation regroupent des adultes de tout acabit, et c’est là que j’ai fait la connaissance de Samuel, un détenu de nationalité nigériane qui rêve d’apprendre le français.
“ Je aime le français parce que quand je sortir d’ici, moi partra en France”, me dit-il avec son formidable accent.
C’est Samuel qui me fit intégrer le cercle des détenus non Nigériens qui était au nombre de huit. Tous les huit sont comdamnés à plus de dix ans pour trafic de drogue, fausse monnaie et même complicité de meurtre pour l’un d’eux.
J’ai appris beaucoup de choses avec eux ! J’ai partagé leur angoisses et leur douleur. Celle d’être emprisonnés loin de chez eux, sans nouvelles et cela pour des longues années.
J’ai vécu surtout leur quotidien de misère tenaillé par l’absence de tout soutien, de tout amour...sauf celui de prêtre Pascal qui vient leur rendre des fois visite.
Néanmoins, il existe parmi ces étrangers des personnes qui règnent en maîtres absolus sur le quartier le plus dur de la “ Grande Chambre”. Il a un nom qui rappelle l’impunité des temps sombres de l’Apartheid : Soweto !
Soweto, un quartier où tout se fait et tout se tait
Au camp pénal d’Agadez, et plus précisement dans ce dit “ Soweto” , il faut être un homme, un vrai, pour fermer les paupières sans se faire dépouiller ou même violer.
Il ya de la place vide mais il faut s’affirmer pour asseoir ses fesses sur ces bancs d’argile ocre où la pégre a droit de cité.
Plusieurs détenus, non Nigériens en majorité y habitent ! Ils y ont créé une sorte de de “Gouvernement” qui vit pour eux et par eux ! La drogue s’y vend et la liqueur y coule à flots.
Personne n’ose toucher à ces “ bourgeois” sans s’attirer la foudre des loubards prêts à tout pour un joint ou une dose de Tramol, un comprimé hallucinogène une fois pris en excès.
( A suivre)
à l'occasion de la journée internationale des femmes
Sortie en France du documentaire
Vents de sable, Femmes de roc
9 mars 2011
Femmes France-Niger partenaire
Amina s'apprête pour la caravane des dattes. Chaque année, avec d'autres femmes Toubou, elle fait ce voyage de 1500 km à travers le Sahara en dépit des dangers, de la chaleur (50°C) et des tempêtes de sable.
Car il est pour ces femmes nomades la clé de leur indépendance économique: avec le revenu de la vente des dattes, une famille peut vivre pendant un an. Mais Amina, jeune femme rebelle de 26 ans, en a assez de ce long voyage. En chemin, elle trouve en Mariama une complice. Loin des hommes, les deux jeunes filles partagent leurs rêves d'une vie moderne et indépendante. Une fois arrivées à destination, elles tentent de mettre leurs plans à exécution.
Réalisé par Nathalie Borgers
Avec Amina Ahmed, Mariama Dadi, Hanne Issa, Domagali Issouf ...
Film français , belge , autrichien - Genre : Documentaire
Durée : 01h 30min
Lettre ouverte aux marraines des petites chèvres nigériennes !
Vous avez répondu à l’appel « 20€ = 1 chèvre »
Dankeschön an die Deutsch Patinnen-Paten
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Suite à la lettre ouverte publiée précédemment (cf. article : Retour de Mission 2011); nous avons le regret de vous informer qu’il est actuellement impossible d’aller en brousse depuis Agadez, donc la mise en place d’un nouveau projet dans l’Aïr ne peut se concrétiser sans risque majeur d’échec.
Il ne s’agit pas de donner quelques chèvres à quelques femmes, pour se donner bonne conscience, mais de réaliser un projet sérieux avec des objectifs précis, encadré par 2 protocoles. Projet suivi, évalué et avec une attente de résultats visant directement l’autonomie des femmes.
Femmes France-Niger a toujours mené ses actions avec énergie et beaucoup de rigueur dans un cadre où l’éthique est dominante.
Nous regrettons amèrement de ne pouvoir réaliser ce projet avec les femmes des campements Kel Away, nous pensons fortement aux femmes de la petite vallée de Tchigayen. Il est bien entendu que lorsque la situation le permettra, nous réaliserons ce projet dans ce lieu, avec tout notre entrain et notre détermination habituelle !
Notre appel a reçu un immense succès, vous êtes une centaine de marraines d’une ou plusieurs chèvres.
Nous vous proposons de délocaliser ce même projet auprès des femmes peulhs du village de Guilliki de la région de Torodi, femmes, également touchées par une extrême pauvreté comme la grande partie des femmes nigériennes.
Nous pouvons le réaliser en partenariat avec une ONG féminine dont le siège social est à Niamey. Nous avons la possibilité, ainsi que notre représentant au Niger de participer au programme ce qui en assure, bien évidemment, une grande partie du succès.
Les chèvres pourront paître et contribuer ainsi a une source de revenus considérable pour les femmes, afin de :
- Procurer une couverture alimentaire complète aux familles et en particulier aux enfants
- Donner aux femmes une autonomie financière.
- Renforcer le pouvoir des femmes des campements.
- Mettre en place des activités génératrices de revenus (AGR), en soutenant les méthodes de production artisanale de conservation du lait en le transformant en fromage dit tchoukou, fromage traditionnel, à base de lait de vache ou de chèvre.
Où vont paître vos petites chèvres !?
à Guilliki région de Torodi - Coordonnées Lambert : 13° 5'60.00"N - 1°50'59.68"E
Recevez nos amitiés solidaires et caprines !
Retour de mission 2011

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Comme vous le savez la situation sécuritaire au Niger et en particulier au nord est devenue très précaire. Plusieurs Occidentaux ont été enlevés au Niger, en moins d’un an, échouant souvent entre les mains d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique).
Alors que nous étions à Niamey pour notre mission, en janvier, une remise en cause géographique de nos actions à venir, s’est imposée. Évidemment, cette remise en cause touche particulièrement les nouveaux projets situés au nord du pays. C’est en toute transparence et dans un souci d’échange que je tiens à vous en faire part.
Femmes France-Niger a toujours été sur le terrain pour la mise en place et le suivi de ses projets. Nous avons gardé ce fonctionnement également durant la période de rébellion (2007-2010), la situation représentant alors peu de danger.
Mais aujourd’hui la donne a clairement changé. Le niveau de menace terroriste est particulièrement élevé au Niger et dans la bande sahélienne. La situation n’a plus rien à voir avec « l’insécurité » des années passées.
Cet hiver, il nous a donc été impossible de nous rendre dans le nord du pays, à Agadez. Ni les autorités françaises, ni les autorités nigériennes ne nous l’ont permis.
Notre bon sens et notre connaissance du terrain nous imposaient de toute manière cette conduite. Comme j’ai pu le lire dans un édito publié peu après les derniers enlèvements « à nous aussi d’être honnêtes, (...), le risque est réel dans toute une partie du Sahara et une partie du Sahel ; dans certaines zones, nous nous mettons en danger et mettons en danger nos accompagnateurs, leurs familles. (…) Ne soyons pas naïfs, aveuglés par nos convictions, amitiés et souvenirs de beaux moments » (www.arnaudcontreras.com/blog)
Nous devons prendre de la hauteur, rechercher une plus large compréhension de la situation dans la plus stricte indépendance, être dans la réalité, être dans le « lien ». Comment pouvons-nous accompagner les populations du nord, sans se mettre et surtout sans les mettre en danger, sans leur nuire et sans en faire les otages de la situation géostratégique actuelle ?
Même s’il n’est pas envisageable de démarrer de nouveaux projets dans l’immédiat au nord du pays, sachez que nos projets associatifs existants fonctionnent, quelque soit la zone géographique où ils ont été mis en place. Les relais sont pris sur place, par les groupements féminins. Nos actions sont toujours et vraiment centrées sur l’autonomie des femmes, de toutes les femmes sans critères ethniques.
A Agadez - (zone rouge du Ministère Français des Affaires Etrangères- (MAE) ): La coopérative travaille toujours pour la société Ombre claire, les micro-crédits continuent à circuler, sous l’impulsion de Mariama Mohamed qui est aussi depuis septembre une maman attentionnée.

A Zinder - (zone orange MAE) - où nous nous sommes rendues : la construction du Centre d’accueil et de réinsertion des femmes fistuleuses est terminé et il sera opérationnel dans les jours qui viennent, la nomination du Directeur est en cours.

A Abada-Goungou - (zone orange MAE) - où nous sommes allées à maintes reprises : Le puits fonctionne avec un bilan financier positif ce qui permet d’aider à la gestion du moulin qui a plus de difficultés. Le moulin est en état de marche, un nouveau meunier a été embauché par les villageoises. La bibliothèque, repeinte est toute belle et rayonne sur plusieurs villages, même sur l’autre rive du fleuve. Enfin, les micro-crédits permettent aux villageoises de créer des activités génératrices de revenus et donc de vivre.

Je tiens à adresser mes sentiments cordiaux aux familles et amis des deux jeunes tués après leur enlèvement à Niamey le mois dernier, ainsi qu’aux sept otages enlevés à Arlit en septembre.
Et bien sûr, vives pensées à tous nos amis et partenaires nigériens qui eux aussi sont pris en otages par cette situation géopolitique complexe. Il est évidemment impossible de réduire l'analyse de ce drame à un discours sécuritaire qui reviendrait à nier les véritables enjeux de la situation économique et politique de la zone sahélo-saharienne. Nous n’oublions pas que les épiphénomènes que nous vivons actuellement sont, entre autre, les conséquences des politiques occidentales vis-à-vis des régions sahélo-sahariennes.
Marie-Xtine Roussel-Dupuy
Présidente de l'ONG Femmes France-Niger



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Article dans le journal L'Union Paysanne

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